(Le Potentiel 20/02/2006)
Le Mouvement de libération du Congo (Mlc) et le Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd) ont vivement réagi dimanche à la déclaration du chef de l’Etat annonçant samedi la fin du « partage équitable et équilibré du pouvoir ».
« Le Mlc recommande à toutes les parties à l’Accord global et inclusif d’éviter des actions politiques unilatérales et non concertées susceptibles de provoquer des réactions politiques de même nature et de même intensité », a menacé son secrétaire exécutif national Thomas Luhaka dans un entretien téléphonique avec Le Potentiel.
De son côté, le Rcd a déclaré s’en tenir aux prescrits de l’Accord global et inclusif fondant la transition. « Nous continuons le partage des responsabilités suivant les règles qui sont prévues par l’Accord global et inclusif », a affirmé le secrétaire général Barthélémy Mumba, citant la Banque centrale du Congo et les services de sécurité.
A l’occasion de la promulgation de la Constitution de la IIIe République, le samedi 18 février 2006 à Kinshasa, le président Joseph Kabila a déclaré dans son discours que « le temps du partage équitable et équilibré du pouvoir fait, désormais, partie du passé. Tout se fera en fonction des choix que le peuple lui-même aura opérés ».
Cette incisive dans le discours présidentiel, que d’aucuns qualifient déjà d’« assassine », pourrait bien empoisonner une campagne électorale dont les prémisses semblent engagées sur des béquilles.
Le président de la République a bien préparé son estocade, en la faisant précéder d’une formule toute républicaine. « L’élégance en politique, et particulièrement en matière électorale, exige que les règles du jeu soient respectées, aussi bien en amont qu’en aval, car seul le peuple est souverain ». Etant entendu, dans l’entendement général, que c’est par les élections que va être mis fin au « provisoire », c’est-à-dire la transition qui remonte au très lointain mois d’avril 1990.
Voulait-il par ces propos prendre le peuple à témoin, en sachant pertinemment bien que les deux principaux ex-belligérants ne sont pas prêts à accepter sans réagir le piège leur tendu avec pourtant beaucoup de malice ? Soit le Mlc et le Rcd se tiennent cois et le tour est joué, soit ils ruent dans les brancards et ils apparaissent dans l’opinion publique congolaise comme étant des « réfractaires » aux changements apportés par le nouvel ordre constitutionnel.
Alors, Joseph Kabila y est allé de son verdict péremptoire, en décrétant que « le pays vient finalement de rompre avec le provisoire qui le régissait depuis 1990. Les jalons sont posés, le chemin est totalement balisé. Il appartient maintenant aux acteurs politiques de démontrer leur génie pour que les souhaits du peuple se transforment en réalité. Le temps du partage équitable et équilibré du pouvoir fait, désormais, partie du passés ».
BCC ET SERVICES DE SECURITE, POMME DE DISCORDE
Le Mlc et le Rcd n’entendent pas se laisser faire et ils le font savoir, clairement. D’autant que les cris « bis », lancés par une partie de l’assistance à l’énoncé de l’incisive querellée et la soumission du chef de l’Etat à cette requête, ont donné à penser au commun des Congolais qu’il s’est agi de la « fin du 1+4 », synonyme du fameux « partage équitable et équilibré du pouvoir ». Et pourtant, le chef de l’Etat a tenté de calmer le jeu, en appelant tous les acteurs politiques à éviter « tout discours de haine et tout populisme en réanimant les clivages fondés sur les religions, les clans, les tribus et les régions ». Mais, le « mal », selon ses adversaires, était déjà fait. Le Mlc, par la voix de son secrétaire exécutif national Thomas Luhaka, en appelle au « respect du principe du partage équitable et équilibré du pouvoir qui, aux termes de l’Accord global et inclusif , doit être appliqué jusqu’à la fin de la transition le 30 juin 2006 ».
Il rappelle que les principes de l’Accord global et inclusif « fondent » la transition « puisqu’aucun mouvement politique n’a plus de légitimité que les autres pour imposer son choix et du fait que tous les animateurs actuels, sans exception, sont les produits de ce principe ». « Si l’on s’écarte de ce principe, le pays va se trouver dans des situations telles que, par exemple, les services de sécurité, qui ne sont pas encore réunifiés jusqu’à ce jour, vont continuer à échapper au contrôle du gouvernement », s’est inquiété Thomas Luhaka. Ce qui, à son avis, peut conduire à « ce que personne ne souhaite : complication des élections, manipulations des votes, intimidation des électeurs et des candidats ».
Le secrétaire général du Rcd est, lui, moins sibyllin. « Nous comprenons, dit Barthélémy Mumba, le discours du chef de l’Etat comme suit : il veut dire qu’après les élections, le partage des responsabilités ne se fera plus de manière équitable et équilibrée comme c’est le cas jusqu’à la fin de la transition en cours, mais il se fera par les partis politiques qui gagneront les élections ». En attendant donc, le gouvernement doit poursuivre le processus de nominations prévues dans l’Accord global et inclusif. Ainsi, « en attendant qu’on en arrive là, nous continuons le partage des responsabilités suivant les règles qui sont prévues par l’Accord global et inclusif », selon le Rcd.
« Par conséquent, nous attendons les nominations des autorités à la Banque centrale du Congo, dans les services de sécurité et dans tous les autres postes où le partage n’a pas encore eu lieu jusq’à ce que les élections soient organisées et que les résultats soient proclamés », a indiqué le député Mumba dans un entretien téléphonique dimanche avec Le Potentiel.
En fait, la pomme de discorde à ce jour entre le parti présidentiel Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (Pprd) et les deux anciens mouvements rebelles demeure le non partage des responsabilités à la tête de la Banque centrale du Congo (Bcc) et des services de sécurité.
Le Mlc et le Rcd soupçonnent, en effet, le chef de l’Etat d’avoir fait traîner le processus de partage dans une tentative désespérée de mainmise continue.
Par Le Potentiel