PARIS (Reuters)
- L’ancien mercenaire Bob Denard, âgé de 76 ans et atteint de la maladie d’Alzheimer, s’est rendu au tribunal de Paris où il doit comparaître avec 26 de ses compagnons pour répondre d’une tentative de coup d’Etat aux Comores en 1995.
Une expertise médicale rendue avant le procès a conclu que Robert, dit "Bob", Denard souffrait de la maladie d’Alzheimer depuis trois ans. Son avocat, Me Elie Hatem, souhaite donc demander une dispense de comparution, point qui devrait être tranché d’ici mardi soir.
Me Saïd Larifou, avocat de l’ancien président comorien Mohammed Djohar, qui soupçonne une "manipulation", va demander au tribunal une contre-expertise. L’ancien "soldat de fortune" et ses hommes sont poursuivis pour avoir renversé Djohar en septembre 1995.
Débarqués sur l’archipel de l’océan Indien, ancienne colonie française, à bord d’un navire parti des Pays-Bas, ils avaient remis le pouvoir aux opposants Mohammed Taki et Saïd-Ali Kemal avec, assurent-ils, la bienveillance des services secrets français. Mais l’armée française était intervenue le 4 octobre 1995, en vertu d’accords bilatéraux avec les Comores, et avait capturé les mercenaires.
Bob Denard a fait citer comme témoins Alain Juppé, Premier ministre à l’époque des faits, et Charles Millon, alors ministre de la Défense, mais ni l’un ni l’autre ne sont venus à l’audience lundi. Les prévenus encourent dix ans de prison pour "association de malfaiteurs".
Militaire de carrière dans la marine jusqu’en 1952, notamment pendant la guerre d’Indochine, Bob Denard a été impliqué dans plusieurs coups d’Etat des années 1960 aux années 1980, notamment en Afrique. Il a déjà été condamné en 1993 à Paris pour une tentative de putsch au Bénin.
"CORSAIRE DE LA REPUBLIQUE"
Il se dit "corsaire de la République" car il aurait souvent agi en sous-main pour le compte des services secrets français, ce qui a été confirmé lors de l’instruction par un ancien agent secret, Maurice Robert. Dans son ordonnance de renvoi, le juge d’instruction Baudoin Thouvenot estime que le coup d’Etat aux Comores a été mené à l’initiative de Denard mais estime probable que les services secrets français, inquiets notamment des dérives autoritaires du régime de Moroni, avaient alors fermé les yeux.
Pour financer les 10 millions de francs de l’opération (1,5 million d’euros), Bob Denard aurait fait appel à l’opposition comorienne mais aussi à des hommes d’affaires corses contrôlant des sociétés de jeux de hasard en Afrique.
Le fils naturel de Bob Denard, Eric Vicoletto, par ailleurs écroué pour trafic de drogue à l’été 2005, aurait aussi financé le débarquement, estime le juge d’instruction.
Le but de l’opération aurait été de "créer aux Comores une zone franche et un système bancaire offshore", dit l’ordonnance de renvoi. Pendant l’instruction, Bob Denard a assuré avoir agi pour payer une "dette morale". A la fin des années 1970, il s’était en effet déjà installé aux Comores, prenant le commandement de la "garde présidentielle" et mettant en place le président Ahmed Abdallah, le prédécesseur de Mohammed Djohar.
Le président Abdallah a été tué par balles dans la nuit du 26 au 27 novembre 1989 au palais présidentiel de Moroni, en présence de Bob Denard, Dominique Malacrino et Jean-Paul Guerrier.
Poursuivis pour "assassinat", les trois hommes ont été acquittés à Paris en 1999, au bénéfice du doute. En 1998, Jean-Paul Guerrier a par ailleurs été mis en cause devant une commission d’enquête sud-africaine dans l’assassinat, en 1988 à Paris, de la militante anti-apartheid Dulcie September.
Jean-Paul Guerrier n’était pas présent lundi au tribunal, pas plus qu’un autre prévenu, Jean-Philippe Lafont, qui s’est fait excuser car il est actuellement "en mission de reconnaissance logistique à Bagdad".
lundi 20 février 2006, 16h03
Coup d’Etat aux Comores en 1995 : Bob Denard présent au début du procès
PARIS (AFP) - Le procès de Bob Denard et de 26 autres prévenus a débuté devant le tribunal correctionnel de Paris en présence du mercenaire alors que ce dernier a été reconnu inapte à comparaître par une expertise médicale. L’avocat de M. Denard, Me Elie Hatem, a expliqué qu’il avait fait venir son client lundi pour que "tout le monde se rende compte de l’état dans lequel il se trouve et que nous ne racontons pas d’histoires".
Une expertise médicale remise au tribunal le 30 janvier a estimé que Bob Denard était inapte à comparaître dans ce procès en raison de différents troubles de la mémoire et d’ordre neurologique liés à la maladie d’Alzheimer. Devant la 14e chambre du tribunal correctionnel, l’avocat de l’ex-président de l’Etat des Comores, partie civile, Me Saïd Larifou doit présenter une demande de contre-expertise, estimant "que le rapport du 30 janvier est très insuffisant et qu’il ne s’agit que d’un compte-rendu d’un compte-rendu".
"Nous pensons que si Bob Denard est capable de répondre aux questions des journalistes, il est également apte à répondre de ses actes devant la justice", a indiqué l’avocat en référence à des interviews accordées par le mercenaire à la télévision.
M. Denard est poursuivi avec 26 autres prévenus pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime", soit l’arrestation et la séquestration arbitraires de Saïd Mohamed Djohar, alors président de l’ex-République fédérale islamique des Comores, lors d’une tentative de coup d’Etat qui s’était déroulée du 27 septembre au 4 octobre 1995 sous le nom d’opération "Eskazi" (vent chaud qui souffle sur les Comores).
Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1995, le baroudeur et une trentaine de ses camarades, dont deux de ses fidèles lieutenants, Dominique Malacrino, 54 ans, alias "commandant Marques" et Jean-Paul Guerrier, 55 ans, alias "capitaine Siam", avaient débarqué à bord de quatre zodiac sur les côtes comoriennes.
Trois commandos, "Alpha", "Bravo" et "Charlie", s’étaient ensuite emparé des centres identifiés comme stratégiques, l’un d’entre eux étant particulièrement chargé de capturer le président qui avait ensuite été retenu en otage dans un camp militaire.
A la suite du coup d’Etat, Bob Denard et son équipe avaient installé un comité militaire de transition qui avait remis le pouvoir à Mohamed Taki et Saïd-Ali Kemal, deux membres de l’opposition au président Djohar, pour constituer un gouvernement provisoire.
Mais le 4 octobre 1995, en vertu d’accords liant la France et les Comores, les forces françaises étaient intervenues pour libérer le président et mettre fin au putsch. L’ensemble des mercenaires français avaient été arrêtés puis ramenés en France.
A l’automne 1999, le mercenaire avait déjà eu à répondre de ses actes dans cet archipel devant la justice française. Il avait été acquitté par la cour d’assises de Paris de l’assassinat du président comorien Ahmed Abdallah, lors d’une précédente tentative de coup d’Etat en 1989.