(Le Potentiel 18/01/2006)
François Muamba : « La grosse machine du Mlc va se mettre en branle avec la tenue du Congrès ».
Pas de doute possible. Le décor est en train d’être planté pour le grand retour du Mlc. Habitué à jouer les premiers rôles sur l’échiquier politique congolais, le parti cher au président Jean-Pierre Bemba se met en ordre de bataille.
Et c’est en rangs serrés et avec une santé resplendissante qu’il promet d’affronter les enjeux électoraux. Dans tous les cas, son secrétaire général, François Muamba, en a déjà annoncé les couleurs à la faveur d’une interview accordée à la presse le week-end dernier. « La grosse machine du Mlc, a-t-il martelé, va se mettre en branle avec la tenue du Congrès ».
Nous vous présentons d’abord en ce début d’année les vœux les meilleurs. Ensuite comment voyez-vous cette année qui est capitale pour le pays avec l’organisation des élections dans quelques mois.
Merci pour les vœux. A mon tour, je voudrais pouvoir présenter mes vœux à la profession que vous représentez va jouer, au cours de cette année 2006, un rôle extrêmement important. Il s’agit d’informer la population congolaise qui a besoin d’une information véritable et fiable.
Comment je vois l’année ? Je vois 2006 comme étant une année de tous les défis pour la République démocratique du Congo. Ministre de Budget, je suis très impliqué dans la poursuite de l’exécution du Programme économique du gouvernement qui doit conduire le pays au point d’achèvement.
Nous continuons à tout faire pour que cette échéance intervienne au cours de cette année 2006 et les choses ne sont pas faciles. Le premier vœu pour mon pays, c’est d’accéder au point d’achèvement.
Nous sommes aussi devant des échéances électorales extrêmement importantes puisqu’il s’agira pour la population congolaise, parce que c’est la première fois, depuis fort longtemps, qu’il va y avoir des élections véritables dans ce pays, de se donner les dirigeants à tous les niveaux.
Cette année 2006 devra pouvoir donner à notre pays un président de la République choisi par la population, un parlement avec deux chambres, des élus, et au niveau local des assemblées régionales ou provinciales qui doivent nous conduire au choix des sénateurs et des gouverneurs. Là aussi, c’est un enjeu extrêmement important puisque le secrétaire général du Mlc qui parle, fait partie d’un groupe qui poursuit l’objectif du fédéralisme interne et nous avons toujours dit que pour y arriver il faut passer par une très forte décentralisation. Ce qui veut dire que dès le lendemain des élections, si la population nous fait confiance, nous allons mettre en œuvre cette décentralisation poussée conformément à notre projet de société.
Donc, les provinces joueront un rôle extrêmement important. Tout ceci fait que je vois enfin notre pays rejoindre le camp des pays normaux où les dirigeants sont élus, où l’économie est bien tenue surtout si nous arrivons à passer le cap du point de l’achèvement. Et avec comme résultat des écoles, des hôpitaux, des routes. C’est pour la première fois qu’il y a possibilité de pouvoir faire de la République démocratique du Congo un pays non pas potentiellement riche mais plutôt un pays où les richesses servent réellement au social et à la population. Voilà comment je vois les choses et tout cela, je l’exprime sous forme de vœux et je souhaite que mon pays aille dans ce sens-là.
Il n’y a pas longtemps que vous avez pris les fonctions de secrétaire général du Mlc, mais l’opinion voudrait savoir pourquoi vous avez accepté une telle charge alors que vous êtes déjà ministre du Budget. Est-ce que vous parvenez à organiser votre temps de manière à être efficace et pour le budget et pour le parti ? Est-ce que les deux choses sont liées étant donné que le budget n’est pas encore voté au Parlement, mieux au Sénat, jusqu’à ce jour ? C’est parce que vous étiez trop pris au parti ?
Pourquoi avoir accepté cette charge de secrétaire général de Mlc ? Je voudrais d’abord préciser à l’égard de l’opinion que François Muamba est parmi les co-fondateurs du parti. En tant que tel, depuis le commencement, c’est-à-dire en ce qui me concerne depuis début juillet 1999 que j’ai rejoint Jean-Pierre Bemba, notre président national, à Gbadolite, nous avons toujours, avec lui et autour de lui avec les Olivier Kamitatu, Senga, Jean-Pierre Singo, etc... une équipe politique et nous gérons ensemble ce parti. C’est vrai qu’à un moment donné nous avions un secrétaire général en la personne de l’actuel président de l’Assemblée nationale, Olivier Kamitatu.
Vous savez que ce sont des responsabilités qui s’exercent à un moment donné compte tenu d’un certain nombre de considérants et quand ces considérants changent quelqu’un d’autre prend la relève. C’est donc naturel qu’après que l’un des fondateurs ait exercé cette fonction qu’un autre fondateur, par rapport aux circonstances et aux lieux actuels, prenne la relève. C’est tout à fait naturel compte tenu de notre implication dans ce parti qu’à un moment critique comme celui-ci je prenne cette charge.
Est-ce qu’il y a une interférence entre cette fonction et la charge d’Etat que j’exerce par ailleurs en tant que ministre du Budget ? Tout est question d’organisation. Je pense que les gens commencent maintenant à s’habituer. Nous sommes ici dans un lieu que vous découvrez. Ce n’est pas le bureau du ministre, c’est le bureau du secrétaire général. Nous sommes ici dans le bâtiment Avenue du port, au siège du parti. On s’organise.
J’ai, par conséquent, un temps chaque jour en tant que secrétaire général dans ce bureau et j’ai un temps tous les jours pour assumer mes responsabilités en tant que ministre du Budget là où vous le savez. C’est-à-dire sur le boulevard, c’est une question d’organisation. A ce stade, je ne peux pas dire qu’il y ait gène quelconque entre ces deux responsabilités. Mais bien entendu, si par hypothèse, à un moment donné cela pourrait poser problème, je cesserai d’être ministre du Budget et je continuerai à être secrétaire général du Mlc.
Vous avez pris vos fonctions au moment où vous veniez d’enregistrer un départ d’une personnalité et non de moindre, Olivier Kamitatu, et vous avez, à l’époque, dit qu’au sein du parti le problème de leadership ne se posait pas. Y a-t-il un problème au sein du Mlc et de quelle nature ?
Y a-t-il un problème au sein du Mlc ? Oui. De quelle nature ? Au niveau des individus. Ce n’est pas un problème de structures au sens de nos statuts. Nos statuts sont clairs, ce sont des documents écrits qui réglementent tout cas de figure, en ce y compris les imprévus parce qu’il y a des dispositions transitoires qui disent qu’en attendant ceci ou cela c’est le Collège des fondateurs qui dispose. Nos statuts sont là, ils sont connus puisque c’est officiel.
Ce n’est pas un problème de projet de société. Je note d’ailleurs que certaines personnes qui situent aujourd’hui leurs actions en dehors du camp Mlc ne disent pas les choses différemment que lorsqu’elles étaient à l’intérieur du Mlc. Ce n’est donc pas un problème de projet de société, c’est probablement un problème au niveau des ambitions des hommes. Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas unique en ce qui concerne la structure qu’on appelle Mlc. Un peu partout, on peut l’observer, même en dehors de la politique. Vous savez que quand un regroupement de stars fait quelque chose, on a toujours observé à un moment donné que l’un ou l’autre estime qu’en tant que star il y a peut-être quelque chose à faire en solo. On voit ça chez les musiciens, on voit ça en football.
Nous devons pouvoir considérer tout cela comme une situation normale ; une situation normale parce que le Mlc existe par ses statuts, son projet de société, ses militants. Il y a un congrès à la fin de ce mois, vous verrez la grosse machine du Mlc se mettre en branle. Par conséquent et une fois de plus, le problème des individus se gère en termes d’individus et celui que vous évoquez est en train d’être géré.
Depuis quand avez-vous pris vos fonctions de secrétaire général et depuis quand avez-avez fait la remise reprise avec le secrétaire général sortant et qu’est-ce que votre parti reproche au partant ?
Depuis quand je suis secrétaire général ? Ce n’est pas un secret. C’est quelque chose qui s’est fait publiquement. J’ai été donc mis en situation d’exercer cette responsabilité en vertu de la décision de notre président national sur proposition du Collège des fondateurs et conformément aux statuts. C’est connu.
Y a-t-il eu remise et reprise ? Je voudrais, en effet, vous dire que c’est la première fois qu’un secrétaire général du Mlc a un bureau en tant que tel. On vient de l’ouvrir, on vient d’arranger tout ça. C’est vrai qu’il n’y avait pas de dossiers avant, mais maintenant il y en a. Je crois qu’avec celui qui sera un jour mon successeur on fera la remise reprise.
Est-ce que vous avez le sceau du parti que détenait votre prédécesseur ?
Le sceau du parti est entre les mains de Thomas Luhaka qui est notre secrétaire exécutif.
Vous avez parlé du problème d’hommes, est-ce qu’il n’y a pas aussi un problème d’absence de débat au sein du parti ?
Absence de débat au sein du parti ? Quel est le problème qui est posé pour qu’on puisse dire que le Mlc a toujours refusé d’en débattre en son sein, pour qu’il soit justifié de pouvoir situer ce débat là en dehors du parti ? De quoi parlons-nous ? La création des plates-formes, des alliances ? Je vais vous donner quelques exemples et je prends pour témoins les conférenciers à Sun City. Je prends pour témoin la presse que vous êtes et qui avez suivi tout ce processus depuis Lukasa.
Avez-vous déjà entendu parler de l’Ufad, cette union dans laquelle se situaient le Mlc, l’Udps, le groupe d’Olengankoy, la plupart des partis qu’on appelle composante opposition politique et la société civile ? L’Ufad pour faire quoi ? Pour contraindre l’ancien pouvoir à accepter d’aller au dialogue. C’était une plate-forme. S’il y a eu des problèmes dans la poursuite de l’action ou l’activité de cette plate-forme, vous savez pourquoi ? Lorsqu’il a fallu aller à Cotonou, on a pris des décisions dans ce pays pour que les gens ne sortent pas, lorsqu’il a fallu faire une réunion à Beni dans le cadre de l’Ufad, des décisions ont été prises à Kinshasa pour que ces gens ne puissent jamais voyager.
Lorsque nous signons pour que Jean-Pierre Bemba soit Premier ministre et que Joseph Kabila soit président - certains ont appelé cela accord de Cascades - nous n’étions pas seuls. Il y a toujours eu des débats, dans notre pays, lorsque les circonstances l’exigent. Cela est vérifiable. A Lusaka déjà, qui a insisté pour que le partage des responsabilités durant la transition ne soit pas l’affaire des belligérants seuls ? La tentation, lorsqu’on dit qu’on va réunifier le territoire, pour les belligérants (Mlc, Rcd et l’ex-gouvernement) de gérer seuls cette affaire, était forte.
Comment on se retrouve tout d’un coup dans une logique qu’il faut qu’absolument que toute la classe politique soit partie prenante ? Il y a donc une composante qui va se former qu’on appelle opposition politique, à statut égal avec les belligérants. Il a bien fallu que quelqu’un puisse faire la promotion de leurs intérêts. Ce ne sont quand même pas les membres de l’opposition politique parce qu’ils n’avaient pas droit au chapitre, ils ne pouvaient pas voyager et ils n’étaient pas non plus à Lusaka. Qui a donc fait la promotion de leurs intérêts à ce propos ?
La société civile qu’on appelle aujourd’hui plate-forme, composante, à statut égal avec les belligérants, ce n’est pas tombé du ciel. Il a fallu qu’il y ait des gens pour dire que, pour sauver le Congo, pour faire une transition qui ait de la substance, il faut que tout le monde y soit impliqué. Je rappelle que le Mlc a toujours été, depuis cette époque, à la pointe de ce combat là. L’ancien chef de l’Etat était totalement opposé à cela. Nous avons créé des conditions pour que nous y soyons tous.
Le Mlc a toujours été un parti qui accepte le débat quelle qu’en soit la nature. Je vous ai parlé ici en ce qui concerne Sun City 1, de l’accord dit de Cascades. Jean-Pierre Bemba était allé à Sun City avec l’ambition que nous rentrions à Gbadolite en tant que chef de l’Etat devant aller à Kinshasa. Nous avons par contre accepté qu’il soit Premier ministre parce qu’il y a eu un débat. Je récuse totalement cette idée véhiculée, par ailleurs, qui consiste à dire qu’il n’y a de débat au Mlc.
Il n’y a peut-être pas un problème de débat, mais il doit y avoir un problème de gestion des ambitions. Peut-être qu’Olivier Kamitatu a eu des ambitions trop gloutonnes qui ont fait peur aux autres membres du Mlc et on l’a poussé vers la porte de sortie.
Pas du tout. Une fois de plus, on doit savoir de quoi on parle d’une manière précise. S’il s’agit de dire qu’il y a un leadership au Mlc, je vous dirai que nous sommes un parti structuré de cette façon-là. Il y a plusieurs manières d’aborder les sujets en termes de structures et de fonctions. En ce qui concerne le Mlc, une structure qui a ses règles, nous nous sommes rassemblés depuis 1998 autour de la personnalité de Jean-Pierre Bemba comme celui qui amorce une démarche, qui créée des conditions pour que nous puissions adhérer.
Jean-Pierre Bemba est considéré, depuis cette époque, comme notre porte-étendard et finalement notre candidat président de la République. Si quelqu’un se dit que je suis Mlc et je veux être président de la République, il y a un problème. Effectivement, parce qu’au Mlc Jean-Pierre Bemba est notre candidat naturel à ce poste là. Je ne pense pas que c’est cela le problème qui se pose aujourd’hui.
Les autres aspects : primature, ministre, Assemblée nationale, Sénat, etc, nous avons prouvé quand nous sommes sortis de Sun City que nous savons les gérer. Dès lors que Jean-Pierre Bemba a dit qu’il prenait le poste de vice-président - il aurait pu être aussi être président de l’assemblée nationale parce que c’est aussi un poste Mlc -, on a vu notre capacité à gérer les ambitions.
Ainsi, avons-nous eu un grand ministre du Plan, un grand ministre aux Tpi et on en a encore aujourd’hui, au Budget... On a su gérer les ambitions des hommes et ce n’est pas cela qui se pose comme problème à nous. Maintenant, si on veut contester les choses qui sont substantielles au sens du fondement de notre parti, quand on est à ce point en déphasage avec notre fondement, le mieux c’est de partir, c’est de faire autre chose.
Vous parlez des hommes qui sont partis, mais nous trouvons important de parler aussi de ceux qui sont encore dedans. Vous avez dit que vous êtes arrivé comme secrétaire général à un moment critique, mais quel genre de troupes François Muamba a pour aller jusqu’aux élections ? Est-ce que certains hommes du Mlc ne sont pas démotivés après tout ce que le parti connaît comme moment critique ?
Encore une fois, il ne faut pas dramatiser. Les problèmes existent, nous les gérons. Ce ne sont pas des problèmes exceptionnels et qui ne se posent qu’à notre parti. Je note, par exemple, qu’en ce qui concerne les départs, vous êtes de la presse et ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre, tous les grands partis enregistrent tous les jours des départs dans des formes que je salue à la limite. Quand quelqu’un vient avec une lettre pour dire que pour telles raisons, il ne continue plus avec vous et qu’il veut s’en aller, quoi de plus respectable. Informez-vous, ça se passe partout, surtout dans les grands partis. Une fois de plus, ne dramatisons pas cet aspect de choses.
Quelles ressources humaines nous reste-t-il encore ? Nous allons faire une démonstration dans très peu de temps puisque nous avons un congrès. Je crois que c’est le moment « M » à partir duquel on va se rendre compte de la machine Mlc. Je vous donne rendez-vous pour les 27, 28 et 29 qui sont les dates définitives pendant lesquelles ce congrès va se tenir à Kinshasa.
Quand on aborde la question des élections ici, nous avons remarqué, que presque tous les hommes politiques parlent d’alliances, ils pensent qu’aucune force à elle seule ne peut gagner les élections. Est-ce que notre classe politique est incapable de sécréter une majorité ? Si les hommes politiques sont incapables de convaincre la population pour qu’un seul projet ait la majorité, alors dans l’ensemble ils ne méritent pas de diriger ce pays. Est-ce que les alliances sont consubstantielles à la gestion de l’Etat ? Est-ce qu’il faut qu’absolument les forces en présence se mettent ensemble pour diriger ce pays ? Est-ce qu’on ne peut pas avoir, comme ailleurs, un parti qui dirige et un autre qui est dans l’opposition, sinon demain nous allons avoir un autre gouvernement d’union nationale ? Que pensez-vous de la notion d’alliances et la percevez-vous comme la préservation des intérêts acquis parce qu’aujourd’hui s’il y a alliance c’est entre ceux qui sont au pouvoir ou il y aura une alternative dans ce pays ? Est-ce que les élections ne vont pas consacrer le manque d’alternance ?
C’est une question importante. Elle est même fondamentale. En réalité tel que posée, on peut interroger l’histoire, la géographie dans le sens d’observer ce qui se passe ailleurs, en ce y compris les pays développés. Un seul groupe au sens d’une structure, d’un projet de société, de regroupement de ressources humaines peut battre campagne et avoir à lui seul la majorité. Ça veut dire qu’un groupe aurait focalisé sur lui l’intérêt de tous, ou en tout cas de la plupart, au-delà de certaines barrières telles la tribu et l’ethnie, etc.
Quelle est la situation concrète de notre pays aujourd’hui ? Avons-nous assez de recul en tant que nation pour que l’élément susceptible de rassembler une majorité dans ce pays se fasse autour d’un projet de société ? Je n’y crois pas. On a tué l’école dans ce pays. C’est-à-dire ce qu’on appelle jeunesse qui est majoritaire, des gens entre 18 et 30 ans. Que signifie être libéral parce que nous, Mlc, allons battre campagne là-dessus. Mais combien vont voter le Mlc parce qu’ils sont des libéraux ? Voilà le problème.
Il y a effectivement une frange de cette population ( intellectuels, des gens peu instruits...), c’est pour ceux- là d’ailleurs que nous allons le faire. Je suis conscient, de ce que ce thème de campagne que nous allons développer ne s’adressera qu’à une frange de la population et non à la majorité. Le réalisme commande, à un moment donné, que quand on est dans l’action politique on ait aussi la bonne lecture des fondamentaux. Il est clair, me semble-t-il, que dans les échéances électorales qui viennent que ce soit la présidentielle, les législatives nationales ou provinciales, les éléments constituants de nos réalités profondes, c’est-à-dire le rayonnement autour de nos tribus, de nos ethnies et des régions, vont jouer un rôle extrêmement important.
C’est pour cela que les alliances sont substantielles à la démarche politique d’aujourd’hui. Il n’y a pas de tribu majoritaire dans le pays, pas de région qui, à elle toute seule, puisse dire qu’à elle seule, elle est le Congo.
Même aucune formation politique ?
Là, vous êtes dans le projet de société et je l’ai déjà dit. Aucun projet de société ne peut espérer en effet pouvoir focaliser sur lui. Il va falloir associer toutes ces choses. C’est pour cela que, s’agissant de la présidentielle, l’analyse que nous faisons au Mlc c’est qu’au 1er tour il va falloir faire très attention à de grandes sensibilités des grandes régions ; l’Est, le Sud, le Nord, l’Ouest, le Centre, etc. Il va falloir regarder de côté-là aussi en même temps que l’on fait la promotion de son projet de société- nous allons faire la promotion de notre projet de société. Il faut être très attentif à la réaction du Congolais par rapport à ces grandes régions. Il y a en a à peu près cinq.
En ce qui concerne les législatives, nous sommes conscients du fait que - puisque probablement selon le projet de loi qui est au parlement nous irons vers des territoires et villes comme circonscriptions, là aussi il y a des réalités. Au niveau de ces entités, nous allons être vigilants pour que les thèmes que nous développons à Kasumbalesa, Beni, Kabeya Kamuanga, etc... aient un sens par rapport à ces territoires et villes parce que notre pays est ainsi structuré.
Donc, une première manière de résoudre ce problème, c’est de s’assurer de sa représentation nationale. Le Mlc de ce point de vue est un des partis qui a fait la démonstration, depuis le début, de sa volonté de pouvoir s’implanter partout à travers des notabilités locales. Ce n’est plus à démontrer. L’autre aspect, c’est de pouvoir rester ouvert à l’idée d’alliances avec d’autres forces politiques qui, pour une raison ou une autre, sont peut-être représentées ici et là. Et cette approche, nous l’avons. Nous pensons qu’un certain nombre de groupes politiques sur cet échiquier national ont une vocation à être avec nous et nous avons vocation d’être avec eux.
Qui vous intéresse ?
Tous les nationalistes nous intéressent.
Le Rcd ne cache pas son alliance avec l’Udps, mais par contre le Mlc et le Pprd sont jusque-là timides à ce sujet.
Vous n’allez pas nous obliger à avoir les mêmes stratégies, les mêmes tactiques qu’un groupe concurrent. Nous avons notre propre façon de travailler. Croyez-moi, une chose c’est ce que l’on voit en surface, mais il y a des choses qui se font et qui vont se révéler à un moment donné. Le premier moment où je vous invite à être attentifs à ce qui va se passer, c’est notre congrès et tout ce qui va suivre. Nous sommes très à l’aise lorsqu’on parle de liberté, nationalisme, gouvernance, développement.
De tous ces concepts là, je pense qu’il y a un discours commun à plusieurs groupes qui ont vocation, s’ils veulent s’unir à tous les niveaux, pour avoir une approche commune pour pouvoir donner à ce pays les dirigeants à tous les niveaux : présidence de la République, parlement et donc par conséquent, le gouvernement, contrôle des provinces, une infrastructure humaine qui assure à ce pays la liberté, la paix, la gouvernance au sens de la qualité de gestion, mettre à la disposition du plus grand nombre, c’est-à-dire de la population, les richesses de ce pays, mais en le développant et pas simplement en les observant, en se contentant de ce qu’on appelle richesses potentielles.
Il va falloir travailler, aller de l’avant. C’est ce que nous souhaitons. Nous sommes en discussion avec plusieurs groupes. Dans les jours et semaines qui viennent, tout cela deviendra public car la période de la campagne n’est pas lointaine.
A propos des reproches formulés à l’endroit de votre prédécesseur au niveau du parti, une question connexe c’est celle de savoir ce qui en est de la plainte qu’il a portée contre le parti en ce qui concerne son départ. Il ne s’affirme pas être parti du parti. Qu’est-il aussi des députés qui étaient accusés d’être sous la bannière du secrétaire général sortant ?
Vous savez que la critique est facile. Il est très facile pour moi parce que je suis devant les caméras, plusieurs chaînes de télévision sont là et ça va être diffusé, de verser dans une sorte de facilité. Permettez-moi en guise de réponse non pas de parler de quelqu’un d’autre que de moi-même. Etre mis dans une situation de faire un choix par rapport à quelque chose à auquel on a contribué en termes de subsistance : le Mlc existe aujourd’hui ce n’est pas seulement une affaire de Jean-Pierre Bemba. Nous étions un groupe et l’ancien secrétaire général du parti a joué un rôle extrêmement important, constructif, substantiel qui nous a amenés, là où nous sommes.
Par le passé, j’ai eu à créer - pas à adhérer - la représentation de l’Udps en France. C’est moi qui ai créé cette structure qui fonctionne jusqu’aujourd’hui. C’était début 1983, j’étais à l’Udps depuis 1982. Puis est venu le moment de crise, la grosse crise, vous voyez bien que ce n’est pas propre au Mlc. Quand M. Makanda, il était député, décédé alors qu’ils étaient en relégation, tout le monde dira que Mobutu l’a empoisonné.
Immédiatement, on les fait venir de leur lieu de relégation à Gbadolite. Il y a les accords de Gbadolite. Nous sommes en 1987. A la suite de cela, l’actuel président de l’Udps, demande, avant l’application des accords, d’aller d’abord se faire soigner à l’extérieur - c’est un point de l’histoire extrêmement important qui est peut-être méconnu de la jeunesse. 1987 c’est un peu loin, ça fait plus de 20 ans. Tshisekedi sort et au lieu de continuer à se considérer comme faisant partie de l’accord de Gbadolite, il s’en dégage. C’est cet accord qui conduira Kibasa, aujourd’hui décédé, à devenir ministre, Joseph Ngalula, aujourd’hui décédé, à retourner au Comité central du Mpr, parti unique à l’époque. Déjà, à ce moment là, l’accord de Gbadolote stipulait que l’actuel président de l’Udps prenne la primature.
Nous sommes en 1987, il s’en dégage. Il continue sa tournée aux Etats-Unis, puis il revient en Europe. Je suis l’une de toutes dernières personnes à qui l’actuel président de l’Udps avait donné la quintessence de sa démarche juste avant de quitter l’Europe pour revenir ici. Nous étions en janvier 1988.. Lorsqu’il arrive au pays, il fait un meeting au pont Kasa-Vubu, lequel sera réprimé dans le sang, dira-t-on.
Nous nous transformions de Paris nous Représentation de l’Udps en comité de soutien à Tshisekedi et aux victimes de 17 janvier. Lorsque le 08 mai 1988, il est enfin libéré en partie grâce à l’action du comité de soutien, il décide de ne plus faire de la politique. C’est sa déclaration à Herald Tribune le jour même à Gbadolite après avoir conféré avec l’ancien président Mobutu à Gbadolite une fois de plus. Il quitte Gbadolite en déclarant qu’il n’allait plus faire de la politique. « Je m’occupe désormais de mes vaches », c’est son terme. Cela a mis le comité de soutien, les différents comités de l’Udps, dans une situation de se poser la question de savoir ce qu’on devenait.
Il y a eu deux tendances. Corneille Mulumba sera de ceux qui diront que nous allons continuer l’Udps. Ce n’est pas l’affaire de M. Tshisekedi et de ses amis. C’est l’affaire de tout le monde. Nous - j’ai un témoin en la personne d’Alexis Kadima qui est député - étions de ceux qui avaient dit : « gardons la substance, nous faisons quelque chose, peu importe l’emballage. Nous allons continuer à faire la même chose ». Voyez-vous, à un moment donné, on est amené à prendre ce type de décision.
Qu’est-ce je suis en train de dire en réalité ? Si on n’est pas d’accord avec une structure, faut-il avoir l’attitude de Corneille ou d’Alexis Kadima et moi ? Personne ne m’a jamais entendu en tant que personne ou responsable de structure porter une critique quelconque vis-à-vis de l’Udps par exemple qui est une structure dont j’ai contribué à faire rayonner. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas de choses à raconter, mais on doit avoir le courage comme nous l’avons fait nous en 1988. On doit avoir le courage de dire qu’ici je ne me sens plus à l’aise, je vais donc, quitte à faire la même chose, ailleurs.
Cette décision, je l’ai prise à l’époque et j’avais l’âge de ceux qui hésitent aujourd’hui. Si vous me demandez ce que j’ai à dire par rapport à des gens qui hésitent, notamment les députés..., je dirais qu’ils revisitent ce que nous avons fait en 1988. A un moment donné, il faut avoir le courage de dire que je suis Mlc, donc astreint à la discipline interne du parti, c’est une contrainte. Je ne veux plus de cette discipline, alors à ce moment là il faut avoir le courage de dire que je ne fais plus de la politique comme certains l’ont faite, je veux créer autre chose. Mais on ne peut pas mélanger les deux.
L’actualité c’est autour de la requête de l’Udps. On n’a pas entendu le Mlc réagir et donner sa position par rapport à la requête de l’Udps de s’’impliquer dans le processus électoral.
Le Mlc se félicite réellement, et nous avons de bonnes raisons pour cela, de constater que cet esprit d’inclusivité, cet esprit de donner la possibilité à notre population, pour la première fois, de se choisir réellement les dirigeants à tous les niveaux est en train de prendre corps, que les conditions de sa concrétisation sont aujourd’hui réunies du fait que des compatriotes qui se situaient en marge de ce processus nous rejoignent. Nous nous en félicitons. Je vous ai déjà indiqué que cela a été toujours la démarche du Mlc depuis Lusaka. On a toujours bataillé pour que tout le monde soit là et que ce soit le peuple qui tranche. Quitte à ce que ce faisant, nous puissions consentir un certain nombre de sacrifices. Par conséquent, ce qui se passe aujourd’hui par rapport à votre question nous réjouit.
Concrètement comment les choses vont-elles se passer ? J’imagine que vous posez la question de savoir s’il faut ouvrir des bureaux. Qu’est-ce qui est important maintenant fait que ceux qui étaient en marge ont pris la résolution que nous saluons de rejoindre le processus. Il faudrait trouver la manière de faire en sorte de ne plus revenir en arrière. Puisque la Cei est indépendante, c’est que nous recommandons nous, Mlc, c’est qu’on ne ferme pas la porte, que cette commission continue à dialoguer avec ceux qui ont introduit la requête pour trouver, de manière responsable, dans l’intérêt réellement de ce pays, une formule qui permette à ce que tout le monde participe. De sorte qu’au lendemain de ces élections nous ayons une situation de stabilité, de visibilité qui permette de pouvoir, en ce qui nous concerne, appliquer un véritable projet de société parce que nous avons l’ambition de développer ce pays.
N’est-ce pas un danger réel pour vous qui êtes de Kabeya Kamuanga et où les gens ne se sont pas massivement enrôlés car vous risquez d’être l’unique député de ce coin ? Est-ce que le retour de l’Udps ne vous fait pas peur ?
Pourquoi voulez-vous que le fondateur de l’Udps France puisse avoir peur de l’Udps ? Je vous ai dit que lorsque nous quittions l’Udps, parce que c’est le cas en 1988, de manière claire et nette, c’est sur la substance suivante : « nous y faisons des choses et puisque la structure devient quelque chose qui ne permet pas de continuer à faire cela, nous allons faire la même chose en dehors ». Je n’ai pas l’impression que là où je suis aujourd’hui, même dans l’exercice de mes fonctions actuelles de secrétaire général, qu’il y ait, du point de vue de la recherche de l’intérêt général de ce pays, où de la poursuite de l’idéal de notre jeunesse au Mlc, des choses substantiellement différentes de ce que l’Udps souhaite.
Je dirai même quelque part que, de ce point de vue là, on devra pouvoir trouver les moyens de rassembler nos forces. Il n’y a pas de peur, mais il y a enfin l’espoir de travailler ensemble avec cette famille puisque nous sommes très proches du point de vue contenu. Donc, il y a un certain nombre de choses qu’on peut faire ensemble. En ce qui concerne Kabeya Kamuanga, c’est un territoire qui, objectivement aujourd’hui en matière de développement à l’échelle du Congo, est le plus reculé. Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité.
Quel commentaire faites-vous sur le référendum ?
Le Mlc s’est situé dans le camp de ceux qui ont toujours voulu que les Congolais s’approprient le processus électoral Le point de départ, c’est donner à notre pays une constitution. Nous avons appelé à voter oui. Aujourd’hui, les résultats définitifs sont là. A plus de 80 %, nos compatriotes se sont exprimés. Nous en prenons acte et ça va dans la bonne direction. Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, donnons un président à ce pays, des parlementaires à ce pays, donc un gouvernement, des responsables pour gérer les provinces. La campagne va s’ouvrir, le Mlc va appeler à voter à tous les niveaux. Dans quel sens ? Notre congrès va le déterminer.
Si le budget traîne, c’est par ce que le gouvernement l’a transmis en retard...
Le Congo n’a jamais eu de budget. Les quelques documents qu’on a appelés budget avaient pour destination, après l’aspect médiatique, la consommation extérieure, les tiroirs. Pour la première fois dans ce pays, il y a un budget et cela a des exigences. Si vous voulez avoir un bon budget, vous devez le préparer, vous assurer que le niveau des recettes est compatible avec les dépenses projetées. Nous avons un budget qui est financé à 57 % par l’extérieur.
Ceux qui donnent ces 57 % ont le même calendrier que nous,. c’est-à-dire que c’est à partir du mois d’octobre qu’ils commencent à discuter sur ce qu’ils réservent au Congo. Donc, vous ne pouvez pas déposer le budget si vous n’êtes pas rassurés de ces 57 %. Nous avons déposé le projet du budget le 28 novembre et l’assemblée nationale l’a adopté avant la fin de l’année. Dans tous les cas, tout ce qu’il y a comme problème au Sénat, le chef de l’Etat va discuter avec les uns et les autres pour trouver une solution.
Par Le Potentiel